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Avril

Les États-Unis addicts au pétrole

D’importateurs nets depuis des décennies les Etats-Unis sont devenus récemment exportateurs de pétrole. Premier consommateur mondial, premier producteur mondial, la géopolitique du pétrole montre la volonté des Etats-Unis d’assurer son approvisionnement, mais dévoile aussi la faille qui s’ouvre sous leurs pieds.

Consommation de pétrole en hausse

Depuis 40 ans les économistes envisagent un « Peak Oil », soit une réduction de la production de pétrole. Pour limiter les effets négatifs de ces futures pénuries les gouvernements tentent de modifier les habitudes de consommation : véhicules électriques, règles ESG sur la pollution, amélioration des transports publics, etc. Force est de constater que le pétrole reste au cœur du système économique mondial avec une consommation qui ne cesse de progresser. Avec 37 millions de barils consommés chaque jour c’est presque deux fois plus qu’il y a 40 ans.

Evolution consommation pétrole (millions barils jour)

Les Etats-Unis restent les premiers consommateurs au monde avec presque 20% de consommation journalière, devant la Chine (16% de la consommation mondiale). 

Répartition consommation journalière pétrole

En termes de consommation par habitant les Etats-Unis sont dans le top 10 mais loin derrière l’Arabie saoudite ou le Qatar. C’est avec le Canada le pays occidental le plus consommateur de pétrole. La Suisse, l’Italie ou la France consomment environ 380 gallons par an et par habitant, soit 2,5 fois moins que les Etats-Unis. Les Etats-Unis sont en termes économiques dépendants, voire addicts, au pétrole.

Consommation annuelle (Gallons par hab)

La demande de pétrole par secteur permet de comprendre la consommation américaine puisque ce sont les routes (bitume et essence) qui représentent 45% de la consommation totale. Les Etats-Unis et l’individualisme sont symbolisés par la voiture individuelle et donc la cause de cette dépendance. L’aviation ou le carburant maritime ne représentent qu’une infime portion de la consommation totale.

Demande par secteur dans l’OCDE, 2024

Les Etats-Unis devenus producteurs

Conscients de cette dépendance, les administrations américaines successives ont progressivement corrigé cette vulnérabilité stratégique. D’importateur net de pétrole dans les années 1970 à 2000, les Etats-Unis ont mis en place une politique de production de grande envergure jusqu’à devenir il y a quelques années un exportateur net puisque la production a dès 2020 dépassé la consommation. L’utilisation du pétrole de schiste est une des explications de cette montée en puissance.

Production et consommation de pétrole aux Etats-Unis (Millions barils jour)

Les Etats-Unis sont donc devenus le premier producteur de pétrole au monde devant l’Arabie saoudite et la Russie. Une manière de rendre moins sensible l’économie américaine à une décision de l’OPEP ou à une hausse majeure du prix du pétrole.

Plus gros producteurs de pétroles (millions de baril jour), 2024

Ce sont les sociétés américaines qui sont le plus représentées dans les 20 plus grandes entreprises pétrolières. Même si les 3 premiers acteurs sont chinois et d’Arabie saoudite pour la première d’entre elles, 5 entreprises américaines représentent le plus grand contingent national avec la particularité d’être des entreprises privées et non aux mains publiques contrairement aux leaders du secteur.

Plus grandes sociétés pétrolières et gazières, revenus en milliards USD

Géopolitique du pétrole

Le pétrole est au cœur des enjeux géopolitiques depuis la fin de la seconde guerre mondial. Il est d’autant plus important qu’il dépend d’un mode de transport facilement perturbable. La fermeture de points névralgiques du trafic maritime paralyse immédiatement l’approvisionnement entraînant ainsi des pénuries. Le détroit d’Ormuz est le principal point de tension avec près de 25 millions de barils par jour transitant dans ses eaux, devant le détroit de Malacca et le Canal de Suez. Le contrôle des eaux internationales devient lui-même un enjeu de sécurité énergétique.

Passages pétroliers (Millions de barils jour)

Outre le flux de production annuel, l’autre point crucial est constitué par les réserves prouvées dans le monde. Alors que les Etats-Unis produisent et consomment 20% du pétrole par an, ils ne détiennent que 5% des réserves prouvées, nécessitant pour les Etats-Unis de pouvoir trouver des partenaires pour assurer la production à long terme. Le Venezuela est le premier pays en termes de réserves de pétrole. Et il est désormais sous contrôle américain. L’Iran est le 3ème. La géopolitique n’est ici que le reflet des équilibres pétroliers… ou l’inverse…

Parts des réserves de pétrole, 2025

L’inflation en question

Reste une dernière question quant à une crise énergétique : l’impact de la hausse du prix du pétrole sur l’inflation. Le pétrole représente 40% des indices mondiaux de matières premières. Il impacte directement les prix de l’essence, donc du transport ou de chauffage et se répercute indirectement sur un nombre énorme de biens et services, en particulier la nourriture.

Poids du pétrole dans l’indice S&P GSCI

L’élasticité pétrole/inflation est relativement facile à estimer. Une hausse de 10% du prix du pétrole implique une hausse de 0,2 à 0,4 point pour l’indice des prix à la consommation (CPI headline), avec un pic sous 3 à 6 mois. Et malheureusement, ce sont les ménages les plus modestes qui vont être le plus impactés par cette hausse puisque les dépenses d’essence représentent 3.5% en moyenne de leurs dépenses annuelles. Une hausse du prix du pétrole de 50% (hors taxes), impacte donc de près de 2% les dépenses totales.

Dépenses en essence en % des dépenses moyennes annuelles, selon classement des déciles de revenus aux Etats-Unis

Vers la fin du pétrodollar ?

Les Etats-Unis ont mis en place après la Seconde Guerre mondiale un monde basé sur le pétrodollar. Les Etats-Unis achètent le pétrole du Moyen-Orient (Arabie saoudite et Emirats arabes unis), les protègent militairement et leur demandent d’acheter leur dette en USD. La modification des équilibres mondiaux en faveur des BRICS les a conduits à tenter de réduire leur dépendance en accroissant leur production en devenant ainsi exportateur net mais également à s’accaparer les réserves des pays les plus richement dotés, en premier lieu le Venezuela. 

La volonté des Iraniens mais aussi d’autres états de vendre désormais leur pétrole dans d’autres devises que l’USD crée une nouvelle période d’instabilité mondiale. Les BRICS la provoquent, les Etats-Unis s’y préparent. Reste à savoir si les Européens ont pris conscience de ces dynamiques…

En voulant réduire la dépendance au pétrole, assurer son approvisionnement, Donald Trump n’est-il pas en train d’accélérer la fin de l’être du pétrodollar ?

« Du temps que les femmes ne votaient pas, on faisait la guerre pour elles. Maintenant qu’elles votent, on la fait pour le pétrole. Est-ce un progrès ? ». Boris Vian