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Le système politique américain repose sur une séparation des pouvoirs entre trois branches. Le président exerce le pouvoir exécutif et conduit la politique fédérale, tandis que le Congrès – composé de la Chambre des représentants et du Sénat – adopte les lois et contrôle l’action de l’exécutif. Le pouvoir judiciaire, avec la Cour suprême à son sommet, interprète les lois et veille à leur conformité avec la Constitution. Ces trois branches se limitent mutuellement au moyen d’un système de contre-pouvoirs.
Les élections de mi-mandat – les midterms – ont lieu tous les quatre ans, à mi-chemin du mandat présidentiel. Elles ne remettent pas en jeu la présidence, mais renouvellent l’ensemble des 435 sièges de la Chambre des représentants, élus pour deux ans, ainsi qu’environ un tiers des 100 sièges du Sénat, dont les membres exercent un mandat de six ans. Le même jour, de nombreux électeurs choisissent également des gouverneurs, des parlementaires d’État et divers responsables locaux, selon le calendrier propre à chaque État.
L’enjeu dépasse donc le simple renouvellement du Congrès. Les midterms ne déterminent pas qui dirige les États-Unis, mais dans quelle mesure le président pourra gouverner durant les deux dernières années de son mandat. Si son parti conserve la majorité au Congrès, il peut plus facilement faire adopter ses lois et dispose d’une plus grande marge de manœuvre budgétaire. À l’inverse, si l’opposition remporte l’une des deux chambres, elle peut bloquer les projets de loi, compliquer l’adoption du budget et multiplier les enquêtes parlementaires. Une majorité hostile au Sénat peut en outre ralentir ou refuser certaines nominations importantes. Les midterms constituent ainsi un moment décisif dans l’équilibre des pouvoirs et sont souvent considérées comme un référendum sur la présidence en cours.
Les analystes suivent donc ce scrutin avec attention, car la composition du Congrès influence directement l’orientation de la politique économique. Elle détermine la capacité de l’administration à modifier la fiscalité, à engager de nouvelles dépenses, à réformer la réglementation ou à soutenir certains secteurs stratégiques. Le résultat peut également affecter les négociations budgétaires, le risque de blocage de l’administration fédérale et les nominations à des postes clés, notamment à la Réserve fédérale. Les midterms donnent ainsi des indications sur la trajectoire future des déficits, des taux d’intérêt et de la croissance.
Cette dimension de « référendum » prend une résonance particulière cette année, alors qu’un écart se dessine entre les ambitions économiques affichées au début du mandat et la trajectoire observée. Le programme économique « 3-3-3 » promu par les équipes du président reposait sur trois objectifs : porter la croissance à 3 %, ramener le déficit fédéral à 3 % du PIB et accroître la production énergétique américaine de l’équivalent de 3 millions de barils de pétrole par jour.
À mi-mandat, ces engagements contrastent avec la trajectoire observée. Le déficit fédéral demeure nettement supérieur à la cible annoncée, les taux d’intérêt réels atteignent leurs niveaux les plus élevés depuis deux décennies et les interrogations sur la durabilité de la croissance américaine se multiplient. La question énergétique ajoute une difficulté : pendant que les tensions sur les marchés de l’énergie poussent les prix à la hausse, l’essor de l’intelligence artificielle et des centres de données accroissent rapidement les besoins en électricité. Cette évolution met à l’épreuve la capacité de l’offre énergétique américaine à accompagner l’investissement sans raviver les pressions sur les prix.
Cette désaffection se reflète dans la cote de popularité du président, tombée à 37 % selon le Wall Street Journal. Le dernier président à afficher un niveau aussi faible à l’approche des midterms était Harry Truman, en 1946. Depuis 1970, une faible popularité présidentielle est généralement associée à un recul important du parti au pouvoir à la Chambre des représentants. Cette relation reste toutefois imparfaite : la popularité contribue au résultat, mais le contexte économique, la carte électorale et les caractéristiques propres à chaque scrutin peuvent atténuer ou amplifier la sanction.
À fin septembre, les participants à Kalshi considèrent comme scénario central une victoire démocrate dans les deux chambres, ou Democratic sweep, à laquelle ils attribuent une probabilité d’environ 61 %. Le scénario d’une Chambre démocrate et d’un Sénat républicain, D House et R Senate, recueille près de 29 %, contre environ 1 % pour une victoire républicaine dans les deux chambres, ou Republican sweep. La probabilité d’un revers républicain s’est renforcée depuis le début de septembre, à quelques semaines du scrutin. Un mouvement similaire avait déjà été observé en mars, peu après le début des tensions au Moyen-Orient. Kalshi est une plateforme américaine réglementée sur laquelle les participants négocient des contrats liés à l’issue d’événements futurs. Les prix de ces contrats évoluent en temps réel selon les sondages, l’actualité politique et les nouvelles informations : ils reflètent les anticipations des participants, et non une prévision certaine.
Pour les investisseurs, l’enjeu réside dans la capacité du président à mettre en œuvre son programme. Le contrôle du Congrès conditionne les choix budgétaires et fiscaux, l’évolution de la réglementation, la trajectoire des déficits et le volume des émissions de bons du Trésor américain. Il peut aussi modifier les perspectives de secteurs particulièrement exposés aux décisions publiques, notamment la défense, l’énergie, la santé et la technologie. Les marchés financiers peuvent donc réagir à l’approche des midterms, même si leur évolution dépend simultanément de nombreux autres facteurs. Le graphique ci-dessous présente la trajectoire moyenne du S&P 500 durant les six mois, soit 126 jours ouvrables, entourant les élections de mi-mandat. Le temps 0 correspond au jour du scrutin et l’indice est ramené à 100 à cette date. L’analyse porte sur les 24 élections organisées depuis 1930.
On remarque que la performance a tendance à être négative sur les six mois qui précèdent l’élection, mais que cette tendance se renverse environ un mois (21 jours) avant les élections. Ce retournement de tendance s’explique par le fait qu’à cette période l’incertitude sur le résultat diminue. Sur les six mois qui suivent, le S&P 500 gagne 10,7 % en moyenne. Ce rendement est supérieur au rendement moyen de l’indice qui est d’environ 6,5 % par année sur le long terme. Cela confirme le fait que les investisseurs n’apprécient pas les périodes d’incertitude.
Les performances diffèrent également selon l’issue politique du scrutin. Le graphique ci-dessous distingue les élections au cours desquelles le parti du président perd au moins une des deux chambres, classées comme « Défaite », des autres élections, « Pas défaite ». Historiquement, les épisodes de défaite sont associés à une performance moyenne plus faible avant et après le scrutin : dans les six mois qui suivent l’élection, en cas de défaite, le rendement moyen est de 6.6% (10.7% pour toutes les élections). Cette différence est compatible avec une incertitude politique plus élevée qui pèse sur l’appétit pour le risque avant l’élection et limite le rebond ultérieur. Elle ne permet toutefois pas d’isoler l’effet propre du résultat électoral de celui du contexte économique et financier. En moyenne, contrairement à ce qui avait été observé pour toutes les élections, aucune tendance significative ne se dégage durant le mois précédant les élections classées comme défaites.
La configuration est différente lors des élections sans défaite : après une trajectoire latérale durant l’essentiel de la période préélectorale, les marchés enregistrent en moyenne un net rebond au cours du dernier mois avant le scrutin, puis poursuivent leur progression durant les six mois suivants pour atteindre une performance moyenne de 14,3 %. La fréquence du phénomène est également notable : dans 70 % des élections sans défaite, le rendement postélectoral du S&P 500 dépasse 10,7 %, soit la performance moyenne calculée après l’ensemble des élections. Ce profil historique serait favorable aux investisseurs, mais les probabilités actuelles suggèrent qu’un tel scénario est peu susceptible de se reproduire lors des prochaines midterms.
L’identité du parti qui subit la défaite semble avoir un impact limité sur la réaction postélectorale des marchés. Le graphique ci-dessous indique une performance moyenne similaire après le scrutin, que la défaite touche les républicains ou les démocrates. Les trajectoires divergent davantage avant l’élection : les défaites républicaines sont associées à une performance plus faible durant les six mois précédant le scrutin. Compte tenu du nombre limité d’observations dans chaque sous-échantillon, cette différence doit toutefois être interprétée avec prudence.
En définitive, les midterms constituent moins un signal directionnel certain pour les marchés qu’un test de la capacité du président à poursuivre son programme. Les précédents historiques suggèrent que la levée de l’incertitude électorale est généralement favorable aux actions américaines, mais que ce soutien tend à être plus limité lorsque le parti au pouvoir perd le contrôle d’au moins une chambre. Dans un contexte marqué par une popularité présidentielle faible, des interrogations économiques persistantes et la perspective d’un revers républicain, les investisseurs devront donc distinguer les régularités historiques des facteurs macroéconomiques qui continueront, au-delà du scrutin, à guider les marchés.