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Créée par Elon Musk en 2002, SpaceX a été fondée avec l’ambition de réduire le coût d’accès à l’espace et de développer des capacités permettant, à long terme, des missions habitées vers Mars. L’entreprise est surtout connue pour ses lanceurs réutilisables, désormais utilisés par la NASA pour ravitailler la Station spatiale internationale. Au cours du temps, SpaceX a toutefois élargi son champ d’activité autour de trois pôles distincts : l’espace, la connectivité et depuis très récemment l’intelligence artificielle. Le segment connectivité repose sur Starlink, qui fournit depuis 2019 un accès à Internet par satellite au moyen d’un réseau d’environ 10’000 satellites. La fusion avec xAI en février 2026 a ajouté une composante liée à l’intelligence artificielle (IA) au périmètre du groupe. Ces trois activités présentent aujourd’hui des profils et des dynamiques très différents.
La connectivité, seul segment rentable, est en forte croissance. Le segment de l’espace nécessite des investissements, notamment en recherche et développement, qui pèsent fortement sur le bénéfice. Le segment IA a également terminé l’année 2025 en perte en raison des dépenses en capital nécessaires à l’entretien de l’infrastructure. Ainsi, SpaceX est une société qui ne génère pas de bénéfices à l’heure actuelle.
Jusqu’à récemment, SpaceX était une société privée et faisait partie des « licornes », c’est-à-dire des entreprises valorisées à plus de 1 milliard de dollars sans être cotées en bourse ni rattachées à un grand groupe. Le 12 juin, ses actions ont commencé à s’échanger sur le Nasdaq, marché boursier américain principalement associé aux entreprises technologiques et de croissance. Au moment de l’entrée en bourse (IPO), SpaceX était évaluée à environ 1’750 milliards USD.
L’introduction en bourse intervient après l’essentiel de la création de valeur réalisée sur les marchés privés. Comme illustré par le graphique ci-dessous, la valorisation de SpaceX est passée de 74 milliards de dollars début 2021 à 210 milliards mi-2024, puis à 350 milliards lors de l’offre de rachat de décembre 2024. Elle a ensuite atteint 800 milliards un an plus tard, avant d’atteindre une valeur implicite de 1’000 milliards lors de la fusion avec xAI en février 2026. La valorisation implicite de SpaceX au moment de l’IPO était de 1’770 milliards de dollars.
L’IPO a été très favorablement accueillie par les investisseurs. Introduite à 135 USD, l’action a terminé sa première séance à 160,95 USD, soit une hausse de 19,2 %. L’engouement s’est poursuivi les jours suivants, le titre dépassant 225 USD (+66,7 %), avant de se replier autour de 153 USD, ce qui représente encore une progression d’environ 13,5 % par rapport au prix d’introduction. Sur la même période, l’indice technologique du Nasdaq reculait de 2 %.
Avec un prix dépassant USD 225, la valeur boursière de SpaceX a atteint presque 3’000 milliards USD et temporairement dépassé Microsoft en tant que quatrième plus grande entreprise au monde. Au cours actuel, SpaceX se situe en sixième position dans le classement mondial des plus grandes entreprises. Deux constats se dégagent de ce classement. D’une part, il faut atteindre la septième position pour trouver une entreprise non américaine, ce qui reflète la forte concentration des marchés actions mondiaux autour des sociétés américaines. D’autre part, les huit premières entreprises disposent toutes d’activités liées à l’intelligence artificielle, que ce soit comme fournisseurs de solutions, d’infrastructures ou de technologies clés.
Seul 4% du capital a été introduit en bourse, le reste demeurant entre des mains privées, pour le moment en tout cas. En conséquence, à l’heure actuelle SpaceX représente un faible poids dans les indices boursiers : environ 0.5% pour le Nasdaq et 0.1% pour le Russell 3000. Les fournisseurs de ces indices ont toutefois prévu des procédures accélérées afin de permettre une intégration plus rapide de la société. S&P Dow Jones Indices n’a, en revanche, pas mis en place de procédure similaire. SpaceX n’a donc pas encore été intégrée au S&P 500, notamment parce qu’elle ne remplit pas plusieurs critères :
Le poids de SpaceX dans les indices devrait néanmoins augmenter progressivement. À mesure que les périodes de blocage des investisseurs privés arriveront à échéance, le flottant devrait s’élargir, ce qui entraînerait mécaniquement une hausse de son poids dans les indices.
Le marché valorise ainsi SpaceX comme une des plus grandes entreprises du monde malgré l’absence de bénéfices Elle repose toutefois sur les anticipations des investisseurs, qui considèrent que SpaceX à terme sera comparable aux toutes premières entreprises mondiales.
Une telle valorisation implique toutefois des scénarios de croissance extrêmement ambitieux reposant notamment sur les hypothèses suivantes :
Les anticipations intégrées dans le cours sont donc élevées et plusieurs risques demeurent : intensification de la concurrence dans les télécommunications satellitaires, retards ou difficultés techniques de la fusée Starship, contraintes réglementaires et géopolitiques, difficulté à monétiser les investissements dans l’IA, maintien d’un niveau élevé de dépenses d’investissement.
L’entrée en bourse de SpaceX constitue un jalon important dans l’histoire des marchés financiers compte tenu de sa taille exceptionnelle. Elle constitue en effet la plus importante IPO jamais réalisée : la vente d’actions nouvellement émises a permis de lever 85.7 milliards de dollars, soit près de trois fois le montant levé par Saudi Aramco en 2019, précédent record historique avec 29.5 milliards de dollars.
Cette IPO pourrait ouvrir la voie à une vague de méga introductions en bourse. Sans surprise, il s’agit de sociétés liées à la technologie, notamment l’intelligence artificielle (OpenAI, Anthropic), la fintech (Revolut, Stripe) et les infrastructures numériques (Databricks). Leur point commun est d’avoir atteint des valorisations très élevées sur les marchés privés, tout en ayant besoin de capitaux importants pour financer leur croissance, notamment dans les centres de données, le calcul informatique, les paiements ou les services financiers.
Cette vague d’introductions en bourse pourrait inverser une tendance observée depuis le début des années 2000 sur le marché américain. Pendant deux décennies, les entreprises ont racheté davantage d’actions que le marché n’en a créé au travers des IPO et des nouvelles émissions. Cette contraction de l’offre, combinée à une demande persistante pour les actions américaines, a soutenu les prix et contribué à l’un des plus longs marchés haussiers de l’histoire. Avec les méga-IPO attendues, 2026 pourrait ainsi marquer un tournant en redevenant une année d’offre nette positive pour les actions américaines.
Pour les investisseurs, cette vague pourrait élargir l’accès à des entreprises jusque-là réservées au capital privé, mais elle pose aussi une question centrale : les marchés publics auront-ils la capacité d’absorber ce capital et, en conséquence, seront-ils prêts à valoriser ces sociétés au même niveau que les investisseurs privés ?